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Quelques termes reviennent constamment dès qu’on lit du Lean — y compris dans la littérature agile, qui les emploie souvent sans les définir. En voici l’essentiel.

Les trois M : muda, mura, muri

C’est la distinction la plus utile du Lean, et la plus souvent oubliée. On parle beaucoup du gaspillage ; on parle rarement de ce qui le produit.

TermeTraductionExemple en développement logiciel
MudaLe gaspillageUne fonctionnalité que personne n’utilise, un ticket qui attend trois semaines en revue
MuraL’irrégularité, la variabilitéUn sprint calme suivi d’un sprint en urgence ; des mises en production groupées en fin de mois
MuriLa surchargeUne équipe à 120 % de capacité, des astreintes permanentes, trois projets en parallèle par personne

Affirmation

Mura et muri sont les causes ; muda est le symptôme. Une équipe surchargée (muri) fait des erreurs qu’il faudra corriger (muda). Une charge en dents de scie (mura) oblige à dimensionner pour le pic, donc à sous-utiliser le reste du temps (muda).

C’est pourquoi s’attaquer directement au gaspillage donne souvent peu de résultats : on traite l’effet. La limitation du travail en cours (WIP) est efficace précisément parce qu’elle agit sur le muri, et le lissage (heijunka) sur le mura.

Ohno avait par ailleurs identifié sept gaspillages dans l’industrie (surproduction, attente, transport, sur-traitement, stock, mouvement, défauts) ; les Poppendieck en ont proposé une transposition au logiciel, détaillée dans Éliminer le gaspillage.

Kaizen — l’amélioration continue

Kai (changement) + zen (bon) : le changement pour le mieux. Le kaizen désigne l’amélioration par petits pas, continue, et menée par ceux qui font le travail — par opposition au kaikaku, la transformation brutale décidée d’en haut.

Deux caractéristiques qu’on oublie souvent :

  • Le kaizen suppose un standard. On ne peut améliorer que ce qui est stabilisé : sans façon de faire décrite, il n’y a pas d’écart mesurable, donc rien à améliorer. Standardiser n’est pas le contraire de l’amélioration, c’en est le préalable.
  • Le kaizen appartient à l’équipe. Une amélioration décidée par un service méthodes n’est pas du kaizen. Voir Rendre l’équipe propriétaire de son processus.

En agilité, le rendez-vous qui porte ce rôle est la rétrospective.

Gemba — le terrain

Le gemba, c’est « le lieu réel », là où le travail se fait. La pratique associée est le genchi genbutsu : aller voir par soi-même.

Le principe est simple et rarement appliqué : on ne comprend pas un problème depuis un tableau de bord ou un rapport. Il faut aller là où il se produit, observer, et parler à ceux qui font le travail.

Transposé au logiciel : lire les logs de production plutôt que le résumé d’incident, regarder un utilisateur se servir du produit plutôt que lire son verbatim, s’asseoir à côté de l’équipe plutôt que consulter l’avancement du board.

PDCA — la boucle d’amélioration

Le cycle Plan – Do – Check – Act, hérité de Walter Shewhart et popularisé par W. Edwards Deming, est la mécanique du kaizen :

  1. Plan — formuler une hypothèse d’amélioration
  2. Do — l’essayer, en petit
  3. Check — constater l’écart entre ce qu’on attendait et ce qu’on observe
  4. Act — adopter, ajuster, ou abandonner

Une nuance de Deming

Deming préférait la forme PDSA, où Study remplace Check : « vérifier » suggère de contrôler la conformité, alors qu’il s’agit d’étudier ce qui s’est passé et pourquoi. C’est cette variante que reprend la démarche Kanban.

On reconnaîtra ici l’empirisme des trois piliers de Scrum : transparence, inspection, adaptation.

Les 5 pourquoi

Méthode attribuée à Ohno pour remonter d’un symptôme à sa cause racine : devant un problème, demander « pourquoi ? » cinq fois de suite.

La machine s’est arrêtée. Pourquoi ? Un fusible a sauté par surcharge. Pourquoi ? Le roulement était mal lubrifié. Pourquoi ? La pompe de lubrification ne fonctionnait pas correctement. Pourquoi ? Son axe était usé. Pourquoi ? Il n’y avait pas de filtre et des copeaux métalliques sont entrés.

Sans les cinq pourquoi, on remplace le fusible — et le problème revient. Le chiffre cinq n’a rien de magique : il signifie simplement qu’on s’arrête généralement trop tôt.

Deux mots qu’on croise aussi

  • Heijunka — le lissage de la charge, pour éviter les à-coups (mura). En logiciel : livrer en continu plutôt qu’en grosses mises en production espacées.
  • Kata — la routine d’apprentissage. Popularisé par Mike Rother dans Toyota Kata (2009), qui soutient que ce qui rend Toyota difficile à copier n’est pas ses outils, mais la manière dont ses managers entraînent quotidiennement leurs équipes à résoudre des problèmes.