Ressources

Le Lean n’a pas été conçu comme une méthode. Il est né d’une contrainte — celle d’un constructeur japonais trop pauvre pour copier l’Amérique — puis a été observé, nommé et exporté par des chercheurs occidentaux quarante ans plus tard.

NUMMI

En 1984, General Motors et Toyota ouvrent une usine commune en Californie, NUMMI. GM y rouvre une usine qu’il avait fermée pour cause de conflits sociaux et de qualité désastreuse, avec en grande partie les mêmes ouvriers — et le système de production de Toyota.

En deux ans, l’usine devient l’une des meilleures du groupe. La démonstration est difficile à contester : le problème n’était pas les gens, c’était le système. Le site revient sur cet épisode à propos du changement de culture organisationnelle.

Le mot « Lean »

Le MIT lance un vaste programme de recherche comparative sur l’industrie automobile mondiale. En 1988, John Krafcik — jeune chercheur, ancien ingénieur de NUMMI — publie un article qui baptise ce qu’il observe : lean production, la production « au plus juste », par opposition à la production de masse.

Deux ans plus tard, Womack, Jones et Roos publient The Machine That Changed the World (1990), qui diffuse le terme dans le monde entier.

Un nom donné de l'extérieur

Toyota n’a jamais appelé son système « Lean ». Le mot est une étiquette occidentale posée sur ce que des chercheurs ont su observer. Ce qu’ils ont bien décrit, ce sont les outils et les flux ; ce qui s’est perdu en route, c’est souvent la partie la moins visible — la formation quotidienne des gens à la résolution de problèmes, et le respect des personnes.

1996-2003 — Du plancher d’usine au logiciel

  • 1996 — Womack et Jones publient Lean Thinking et généralisent hors de l’automobile, autour de cinq principes : identifier la valeur, cartographier la chaîne de valeur, créer le flux, le faire tirer par le client, viser la perfection.

We described this thought process in The Machine That Changed the World (1990). In a subsequent volume, Lean Thinking (1996), Dan Jones and I distilled these lean principles even further to five:

  • Specify the value desired by the customer.
  • Identify the value stream for each product providing that value and challenge all of the wasted steps (generally nine out of ten) currently necessary to provide it.
  • Make the product flow continuously through the remaining, value-creating steps.
  • Introduce pull between all steps where continuous flow is impossible.
  • Manage toward perfection so that the number of steps and the amount of time and information needed to serve the customer continually falls. 1
  • 2001 — Toyota formalise en interne The Toyota Way, articulé autour de deux piliers : amélioration continue et respect des personnes. La même année, à l’autre bout du monde, dix-sept développeurs signent le Manifeste Agile.
  • 2003Mary et Tom Poppendieck publient Lean Software Development: An Agile Toolkit et transposent l’ensemble au développement logiciel. C’est l’objet du chapitre Lean Software Development.

La question que pose le Lean

Tout ce qui précède se résume à un déplacement de question, et c’est ce déplacement qui rend le Lean pertinent bien au-delà de l’automobile.

La gestion de projet classique demande : comment planifier le travail, et comment tenir le plan ? Le Lean ne répond pas à cette question — il en pose une autre :

La question du Lean

Comment améliorer continuellement le système qui transforme une idée en valeur pour le client ?

La différence est de nature. La première question porte sur un projet, avec un début et une fin ; on y réussit en respectant des prévisions. La seconde porte sur un système de création de valeur, qui persiste d’un projet à l’autre ; on y progresse en réduisant, encore et encore, le temps et le gâchis entre l’idée et son usage.

Sur un projet logiciel

Prenons une chaîne classique :

Besoin → conception → développement → revue → tests → déploiement → utilisateur

Là où la conduite de projet planifie chaque étape et suit son avancement, le Lean regarde ce qui circule entre elles. Il pose alors ses questions :

La questionOù elle est traitée
Qu’est-ce qui crée réellement de la valeur pour l’utilisateur ?Produire de la valeur
Où attend-on ?Value Stream Map
Où accumule-t-on du travail ?Juste-à-temps et flux tiré
Où réalise-t-on du travail inutile ?Éliminer le gaspillage
Pourquoi les défauts sont-ils découverts si tard ?Jidoka
Comment raccourcir la boucle entre réalisation et feedback ?Livrer vite

Aucune de ces questions ne porte sur la vitesse des gens. Toutes portent sur le système dans lequel ils travaillent — ce qui est exactement le principe d’optimiser l’ensemble.

Pourquoi cela dépasse le projet

Un système ne s’améliore que s’il dure. C’est la raison pour laquelle le Lean s’accommode mal d’équipes constituées puis dissoutes à chaque affaire : il n’y a alors personne pour capitaliser sur ce qui a été appris. Voir Projet VS Produit.

Footnotes

  1. https://www.lean.org/the-lean-post/articles/lean-thinking-a-look-back-and-a-look-forward